lundi 19 janvier 2009

Viande avariée

Les années couvrant mon enfance et mon adolescence furent une période de frustrations occasionnelles pour l'amoureux du cinéma que je suis, non pas que la production de l'époque n'était pas à la hauteur, bien au contraire, mais parce que le risque de ne pas voir un film avant de longues années était monnaie courante. J'habitais en province (Reims très précisément), et contrairement à la capitale, toutes les villes de France ne connaissaient pas la même richesse de distribution cinématographique sans avoir toutefois à se plaindre. Mais comme dirait Aznavour, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et avant, donc, vous pouviez avoir envie de voir un film et que l'occasion ne se présente pas dans l'immédiat. La télévision ne proposait que trois chaînes qui ne diffusaient pas des films tous les soirs et de toute façon, je ne pouvais alors visionner que celui du mardi car le lendemain il n'y avait pas école. Les rediffusions incessantes n'étaient pas encore à la mode comme aujourd'hui et les magnétoscopes n'avaient pas encore fait leur apparition dans les foyers. De plus, un film manqué lors de sa sortie cinéma ne risquait pas de passer à la télé tout de suite. Aujourd'hui les choses ont bien changé et pour ne pas être en mesure de voir un film qu'on espère, il faut à la limite le faire exprès car après l'avènement des enregistreurs de tous poils, des chaînes multiples et surtout d'Internet, plus rien ne saurait nous échapper très longtemps cinématographiquement parlant, de la pire des séries Z aux grands classiques du temps jadis. Pour ceux d'entre vous que je n'aurais pas endormis en route, j'arrive doucement au sujet de ce jour. Il nous est tous arrivé d'avoir une furieuse envie de visionner un long métrage ne serait-ce qu'en raison de sa réputation, de son sujet ou de l'équipe présente sur l'affaire ou tout simplement parce qu'on sent qu'on va bien se marrer. C'est ce qui m'est arrivé avec le film dont je vais vous parler aujourd'hui : Hamburger Film Sandwich.

Réalisé en 1977, Hamburger Film Sandwich (dont le titre original est Kentucky Fried Movie mais le sandwich au bœuf devait être plus connu en France à cette époque) est en fait un enchaînement de sketchs sans aucun lien entre eux. Mis en scène par John Landis (de bonnes choses comme Le loup-garou de Londres ou Un fauteuil pour deux mais aussi quelques purges comme Le flic de Beverly Hills 3) et scénarisé par les ZAZ (Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker, le trio responsable de l'hilarant Y-a-t-il un pilote dans l'avion, Top secret ou encore les Y-a-t-il un flic ...) a de quoi faire saliver l'adepte de comédie non-sensique flirtant parfois avec le dessous de la ceinture qu'il m'arrive parfois d'être, avouons-le franchement.
C'est donc plein d'espoir que je me loue le film en VOD, un paquet de chips et une bouteille de Coke (tant pis pour la pub) à portée de main (mais surtout de bouche).
Dire que ma déception est grande serait un euphémisme. Outre le fait que l'humour peut paraître un peu daté (mais peu importe l'âge du film, après tout Y-a-t-il un pilote ... date de 1980 et est toujours aussi drôle presque 30 ans plus tard) il n'est pas plus drôle qu'une mauvaise saison de Benny Hill. Le film est en fait une succession de parodies : fausses pubs, faux journaux télévisés, fausses bandes-annonces et faux film puisque le plus long (trop long ?) sketch dure une demi-heure et pastiche Opération Dragon.

Replaçons cependant les choses dans leur contexte (époque et lieu) car certains gags ne pourraient être appréciés que dans ce cas quand il s'agit par exemple de vannes visant des produits purement américains. A ce propos, il vaut mieux éviter la version française car celle-ci regorge d'adaptations stupides destinées à ne pas dépayser le spectateur français de la fin des années 70. C'est ainsi qu'on a droit à un personnage qui se voit menacé d'être expédié à Etretat ou à un autre à qui on demande de chanter J'irai revoir ma Normandie alors que le but est qu'il puisse retourner au Kansas (allusion au Magicien d'Oz), une pratique bien de chez nous qui consistait à prendre le spectateur pour un con en estimant qu'il n'y verrait que du feu si on lui glissait des références françaises dans un contexte qu'il savait parfaitement américain. Mais revenons à nos sketchs. L'ensemble, comme beaucoup de films à segments, est inégal et on peine parfois à esquisser un sourire. Certains passages sont relativement drôles (généralement ceux qui sont le plus de mauvais goût et le plus politiquement incorrects) comme Le front unifié des décédés où une association milite pour le droit à garder le cadavre de ses chers disparus, L'oxyde de zinc et vous qui propose de voir comment serait la vie sans ce composé chimique ou encore quelques scènes de Pour une poignée de yens, la très longue parodie de Bruce Lee. Les zygomatiques resteront toutefois relâchés pour la plupart des autres sketches même si on tente désespérément de se mettre dans la peau du spectateur de l'époque, tâche pour le moins impossible.
Le film a toutefois rapporté gros pour une mise de départ relativement modeste et a semble-t-il influencé beaucoup de comiques, notament français comme Les Nuls (le générique de début et de fin de Hamburger Film Sandwich n'est autre que la Carioca, utilisée par Alain Chabat dans La cité de la peur) ou les Inconnus qui apparemment se sont largement servis de l'idée du segment Danger Seekers. La question qui me taraude est : aurais-je trouvé ce film drôle si je l'avais vu à sa sortie ? (surtout quand je réalise le nombre de films qui m'ont fait me tordre de rire jadis et que je trouve aussi drôles qu'une crise d'hémorroïdes aujourd'hui). Je ne le saurai jamais et la question ne devrait d'ailleurs pas se poser pour apprécier un film. Ce qui compte c'est mon impression de ce soir et les 2,99€ lâchés pour la VOD. Finalement, quand on parvient à mettre la main sur un "trésor" convoité depuis longtemps, il vaut peut-être mieux adopter la réaction d'Indiana Jones à la fin du premier film quand les nazis ouvrent l'arche d'alliance : ne pas regarder sous peine de se liquéfier. Maintenant, vous faites ce que vous voulez mais vous ne direz pas que vous n'avez pas été prévenus.

7 commentaires:

  1. Si je te suis bien, ça reste un film à balles-deux ;-)

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  2. Bon, papi, tu es déçu, je le vois bien...
    Mais c'est de ta faute aussi, tu te plais à fantasmer des années sur un film qui ne vaut rien, faut pas t'étonner!
    En même temps, tu me déçois quelque peu quand tu parles de "y'a t'il un pilote" comme d'un film drôle...Humour de mec, a priori!
    Allez, pour finir, une petite citation télévisuelle de Malaussène (ou devrais-je dire Pennac) que tu rencontreras peut être si tu persistes dans la lecture de mes bouquins:
    Plus la télé vise à la surprise, moins elle surprend. C'est dans sa nature d'estomac; les estomacs n'étonnent jamais, ils digèrent. Parfois, ils refoulent, c'est toute la surprise qu'on peut en attendre.

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  3. Coucou et respects grand padre !!
    Eh oui, les déceptions sont monnaie quand on essaie de revoir un film de notre tendre enfance. Je suis certain que LE grand film comique (s'il en est) de mon enfance : 'mister boo' - film aussi asiatique que parodique sur les ninjas - a tellement mal vieilli que la bobine qui le renfermait a dû s'autodissoudre de honte. Il n'empêche qu'après avoir bu un verre de tang accompagné de quelques bonbons 'pez' installé dans notre vieux canapé vert caca d'oie familial de l'époque (une couleur vraiment intachable s'il en est, Ikea devrait reprendre le concept !), tout avait bon goût - même les épisodes les plus cheaps de 'Schériff fais-moi peur'. Si si !! En tous cas merci pour l'article, je trouve que tu fais moins de faute de frappe quand tu tapes du pied gauche.

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  4. John Landis qui a, il me semble, réalisé la vidéo de "Thriller"..

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  5. Tout à fait exact, KeFr@N ! Dans le registre des bêtes à poil, il réalisa avant "Thriller" l'horrifique et amusant "Loup-garou de Londres" que je ne saurai trop te conseiller.

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  6. Article très intéressant mais... où est l'article suivant ?
    Sinon, j'adore le comm' de Dumm : se remémorer Tang & Pez, mes amis d'enfance..... (soupir) Ce fut si bon !!!

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